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La Bibliothèque de l'Olympe

Les dieux, les héros, les monstres et les lieux que l'on croise dans nos jeux, racontés tels que les Anciens les racontaient.

Avant-propos

Au Ier ou au IIe siècle, un auteur grec que l'on appelle Apollodore rassembla les mythes de son temps dans un seul recueil : il l'intitula déjà Bibliothèque. Celle-ci suit son exemple, à notre échelle.

Chaque chapitre raconte un personnage d'après les textes antiques, cite ses sources, et dit dans quels jeux de Petit Olympe on le rencontre. Le sommaire, en face, mène à chacun ; la recherche, au-dessus du livre, trouve un nom, un lieu ou un simple mot.

Sommaire

    Géant · gardien aux cent yeux

    Argus

    Argos, que les Romains appellent Argus, a le corps couvert d'yeux : cent, dit Ovide. Ils ne se ferment jamais tous à la fois, si bien qu'une partie veille toujours. Héra lui confie la garde d'Io, une jeune prêtresse que Zeus aime et qu'il a changée en génisse pour la cacher à sa femme.

    Zeus envoie Hermès la délivrer. Déguisé en berger, le dieu joue de la flûte et raconte une longue histoire, jusqu'à ce que le dernier œil se ferme ; puis il tue le gardien. Pour honorer son serviteur, Héra pose ses cent yeux sur la queue du paon, son oiseau.

    Sources : Ovide, Métamorphoses, I ; Apollodore, Bibliothèque, II.

    Héros · fondateur de Thèbes

    Cadmos

    Prince phénicien, Cadmos part à la recherche de sa sœur Europe, enlevée par Zeus. L'oracle de Delphes lui ordonne d'abandonner sa quête, de suivre une vache et de fonder une ville là où elle se couchera : ce sera Thèbes, dont la citadelle portera son nom, la Cadmée.

    Près de la source voisine veille un dragon consacré à Arès. Cadmos le tue, puis sème ses dents sur le conseil d'Athéna : des guerriers tout armés sortent de terre et s'entretuent ; les cinq survivants, les Spartes (« les semés »), deviennent les ancêtres des Thébains. Après huit années de service pour expier la mort du dragon, Cadmos reçoit pour épouse Harmonie, fille d'Arès et d'Aphrodite. Tous les dieux viennent aux noces ; la mariée reçoit un collier forgé par Héphaïstos, qui portera malheur à toutes celles qui le posséderont.

    Hérodote lui attribue l'arrivée de l'alphabet en Grèce. Au soir de leur vie, Cadmos et Harmonie sont changés en serpents.

    Sources : Ovide, Métamorphoses, III et IV ; Apollodore, Bibliothèque, III ; Hérodote, Histoires, V, 58.

    Mortelle · princesse de Troie

    Cassandre

    Fille de Priam, roi de Troie, Cassandre reçoit d'Apollon le don de prophétie : le dieu espère ainsi la séduire. Elle se refuse à lui. Ne pouvant reprendre un don divin, Apollon le change en malédiction : elle dira toujours vrai, et personne ne la croira.

    Elle annonce la chute de sa ville et avertit que le cheval de bois laissé par les Grecs cache des guerriers ; les Troyens le font entrer quand même. Après le sac de Troie, elle devient la captive d'Agamemnon, le chef des Grecs, et prédit encore leur mort à tous deux à Mycènes. Clytemnestre, la femme du roi, les tue à leur arrivée.

    Sources : Eschyle, Agamemnon ; Virgile, Énéide, II ; Apollodore, Épitomé.

    Déesse · moissons et blé

    Déméter

    Sœur de Zeus, Déméter fait pousser le blé et mûrir les moissons. Un jour, Hadès, le dieu des Enfers, enlève sa fille Perséphone. Folle de douleur, Déméter parcourt la terre une torche à la main et cesse de la faire produire : la famine menace les hommes, et les dieux n'ont plus d'offrandes.

    Zeus doit céder, mais Perséphone a goûté aux pépins d'une grenade des Enfers : elle y passera désormais une partie de l'année. Chaque fois qu'elle descend, sa mère porte le deuil, et c'est l'hiver. À Éleusis, où on l'avait accueillie pendant ses recherches, Déméter fonde ses Mystères et confie au jeune Triptolème un char ailé pour enseigner l'agriculture au monde.

    Sources : Hymne homérique à Déméter ; Ovide, Métamorphoses, V.

    Dieu · messager de l'Olympe

    Hermès

    Fils de Zeus et de la nymphe Maïa, Hermès naît dans une grotte du mont Cyllène, en Arcadie. Le jour même, il s'échappe de son berceau, vole cinquante vaches à son frère Apollon en les faisant marcher à reculons pour brouiller les traces, puis invente la lyre avec une carapace de tortue. Apollon, charmé par l'instrument, lui pardonne et l'échange contre le troupeau.

    Messager des dieux, chaussé de sandales ailées et porteur du caducée, il protège les voyageurs, les marchands, les orateurs… et les voleurs. C'est aussi lui qui conduit les âmes des morts jusqu'aux Enfers. Sur l'ordre de Zeus, il endort de sa flûte Argus aux cent yeux, avant de le tuer.

    Sources : Hymne homérique à Hermès ; Ovide, Métamorphoses, I.

    Mortel · fils de Dédale

    Icare

    Dédale, l'ingénieux architecte du Labyrinthe, est retenu en Crète par le roi Minos avec son fils Icare. La terre et la mer sont gardées ; reste le ciel. Dédale fabrique deux paires d'ailes de plumes, liées par du fil et de la cire, et prévient son fils : ni trop bas, l'écume alourdirait les plumes, ni trop haut, le soleil ferait fondre la cire.

    Grisé par le vol, Icare monte vers le soleil. La cire fond, les plumes se détachent, et il tombe dans la mer qui porte depuis son nom, la mer Icarienne. Son père, qui l'appelle en vain, ne retrouve que des plumes sur les vagues.

    Sources : Ovide, Métamorphoses, VIII ; Apollodore, Épitomé.

    Monstre · premier travail d'Héraclès

    Le Lion de Némée

    Un fauve énorme ravage la vallée de Némée, dans le Péloponnèse : aucune arme n'entame sa peau. Eurysthée envoie Héraclès le tuer ; c'est le premier de ses douze travaux. Les flèches du héros rebondissent sur la bête. Il la poursuit jusqu'à sa caverne à deux entrées, en bouche une, et l'étouffe à mains nues.

    Aucune lame ne pouvant entamer la peau, Héraclès l'écorche avec les griffes mêmes du lion. Il portera désormais cette peau sur ses épaules et la gueule du fauve en guise de casque : c'est ainsi que les vases grecs le représentent. Selon une autre tradition, Zeus plaça le lion parmi les étoiles : la constellation du Lion.

    Sources : Hésiode, Théogonie ; Apollodore, Bibliothèque, II ; Théocrite, Idylles, XXV ; Hygin, Astronomie.

    Mortel · roi de Phrygie

    Midas

    Pour avoir hébergé Silène, le vieux compagnon ivre de Dionysos, le roi Midas obtient du dieu le vœu de son choix. Il demande que tout ce qu'il touche se change en or. Le prodige l'enchante, jusqu'au repas : le pain et le vin se changent en or entre ses dents. Dionysos l'envoie se laver dans le fleuve Pactole, qui depuis ce jour roule des paillettes d'or.

    Plus tard, lors d'un concours de musique entre Apollon et Pan, Midas est le seul à préférer la flûte de Pan. Apollon lui donne des oreilles d'âne. Le roi les cache sous un bonnet ; seul son barbier connaît le secret. Incapable de se taire, celui-ci le confie à un trou creusé dans la terre. Des roseaux y poussent, et le murmurent à chaque coup de vent.

    Source : Ovide, Métamorphoses, XI.

    Mortelle · reine d'Ithaque

    Pénélope

    Pendant vingt ans, Pénélope attend son mari Ulysse, parti pour la guerre de Troie, puis égaré sur le chemin du retour. Des prétendants envahissent le palais d'Ithaque et la pressent de se remarier. Elle promet de choisir quand elle aura fini de tisser le linceul de son beau-père Laërte ; chaque nuit, elle défait ce qu'elle a tissé le jour. La ruse dure trois ans, jusqu'à ce qu'une servante la trahisse.

    Elle propose enfin un concours : épouser celui qui tendra l'arc d'Ulysse et fera passer une flèche à travers douze haches. Aucun prétendant n'y parvient, sauf un vieux mendiant : Ulysse lui-même, déguisé. Pénélope ne le reconnaît qu'à un secret que personne d'autre ne connaît : leur lit, taillé dans un olivier encore enraciné.

    Source : Homère, Odyssée, II, XIX, XXI et XXIII.

    Mortel · roi de Corinthe

    Sisyphe

    Fondateur de Corinthe, Sisyphe est le plus rusé des mortels. Quand la Mort vient le chercher, il l'enchaîne : plus personne ne meurt, jusqu'à ce qu'Arès la délivre. Avant de mourir pour de bon, il demande à sa femme de ne pas l'enterrer, obtient d'Hadès la permission de remonter pour la punir de cet oubli… et ne redescend pas.

    Aux Enfers, son châtiment est resté célèbre : pousser un énorme rocher jusqu'au sommet d'une colline, d'où il retombe chaque fois, pour l'éternité. Au XXe siècle, Albert Camus en a tiré un essai, Le Mythe de Sisyphe, qui se termine ainsi : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

    Sources : Homère, Odyssée, XI ; Phérécyde d'Athènes (fragments).

    Mortel · roi de Lydie

    Tantale

    Fils de Zeus, le roi Tantale est admis à la table des dieux. Il trahit leur confiance : il dérobe leur nectar et leur ambroisie et, pour éprouver leur clairvoyance, leur sert à manger son propre fils, Pélops. Les dieux reconnaissent le crime, sauf Déméter, distraite par le chagrin, qui mange une épaule ; ils rendent la vie à Pélops et lui façonnent une épaule d'ivoire.

    Aux Enfers, Tantale se tient dans l'eau jusqu'au menton, sous des branches chargées de fruits. Quand il se penche pour boire, l'eau se retire ; quand il tend la main, le vent emporte les branches. C'est le « supplice de Tantale » : avoir sous les yeux ce que l'on ne pourra jamais atteindre.

    Sources : Homère, Odyssée, XI ; Pindare, Olympiques, I ; Ovide, Métamorphoses, VI.

    Titanide · la justice divine

    Thémis

    Fille du Ciel et de la Terre, Thémis incarne l'ordre juste du monde, ce qui est conforme à la loi des dieux. Elle est la deuxième épouse de Zeus, et la mère des Heures, qui règlent les saisons : Eunomie (le bon ordre), Dikè (la justice) et Eiréné (la paix). Avant Apollon, c'est elle qui rendait les oracles à Delphes.

    Elle conseille Zeus jusque dans ses choix les plus graves : selon Pindare, c'est elle qui l'avertit que le fils de la nymphe Thétis serait plus fort que son père. La balance et le bandeau sur les yeux, que lui prêtent aujourd'hui nos palais de justice, sont venus bien plus tard.

    Sources : Hésiode, Théogonie ; Eschyle, Euménides ; Pindare, Isthmiques, VIII.